Les startups d’intelligence artificielle les plus prometteuses en Suisse

Neuf millions d’habitants, aucun géant du numérique maison, et pourtant l’IA y lève plus d’argent que jamais. Si vous cherchez la prochaine pépite pour investir, postuler, vous associer ou simplement comprendre, la Suisse a de quoi vous surprendre. Elle ne fait pas du bruit, elle fait des produits. Les startups IA du pays ont levé près de 1,1 milliard de francs en 2025, soit trois fois plus que l’année précédente. Reste à savoir qui se cache derrière ce chiffre.

La Suisse a triplé ses levées de fonds en IA, et personne n’en parle

Commençons par l’essentiel : en 2025, les startups suisses spécialisées en IA ont récolté près de 1,1 milliard de francs, une hausse de 206%. Près d’un tour de financement sur trois concernait l’IA, contre 10% deux ans plus tôt. Pour l’ensemble des startups du pays, le EY Startup Barometer 2026 recense 515 opérations et 3,3 milliards de francs investis, soit un milliard de plus qu’en 2024. Nous retenons ce chiffre de 3,3 milliards, car il vient directement du baromètre, alors que d’autres publications avancent 2,9 milliards.

Cet argent se concentre sur deux pôles. Le tableau ci-dessous montre l’écart, et il est moins brutal qu’il n’y paraît.

PôleTours de financementMontant levéProgression du volume
Zurich2131,3 milliard de francs+62%
Suisse romande165909 millions de francs+21%

Zurich domine, nous ne le contestons pas. Mais 165 tours pour la Suisse romande, c’est une densité remarquable pour une région bien plus petite, et Lausanne n’a rien d’un second rôle. À elles deux, ces régions captent environ 2,2 milliards de francs, soit près des deux tiers du total. Voyons maintenant qui touche les plus gros chèques.

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Neural Concept, Auterion, Toloka : les startups qui lèvent les plus gros chèques

Le rebond de 2025 tient beaucoup au retour des méga-deals : cinq tours ont dépassé les 100 millions de francs, contre un seul en 2024, pour un total de 747 millions. Côté technologie, six noms ressortent du baromètre EY.

  • General Intuition : 107 millions de francs, la plus grosse levée technologique de l’année.
  • Auterion : 84 millions de francs.
  • Neural Concept : 80 millions de francs, avec une promesse de simulations numériques complexes jusqu’à 1 000 fois plus rapides, selon l’entreprise.
  • Toloka : 62 millions de francs, avec une plateforme qui accompagne l’ensemble du processus d’apprentissage automatique.
  • Flexion Robotics : 40 millions de francs.
  • DeepJudge : 34 millions de francs, avec une IA qui aide les juristes à analyser contrats et documents, et un chiffre d’affaires en hausse de plus de 500% par an.

Notre préférence va aux entreprises dont on comprend le client en une phrase. DeepJudge vend un outil à des cabinets d’avocats, Neural Concept s’adresse aux ingénieurs qui simulent des pièces : le besoin est lisible. Pour les plus grosses levées, nous restons plus prudents, car un montant record ne dit rien de la solidité commerciale. Une question demeure : d’où viennent ces équipes ?

EPFL et ETH Zurich : les laboratoires qui fabriquent les fondateurs

Derrière beaucoup de ces noms, on retrouve les mêmes couloirs de campus. L’ETH Zurich a donné naissance à 583 entreprises, et en 2024, l’IA et l’apprentissage automatique constituaient la catégorie la plus représentée parmi ses nouvelles spin-offs, avec dix créations. Scandit, issue de l’ETH, est devenue une licorne après une levée de 150 millions de dollars en 2022, et compte plus de 1 700 clients dont Carrefour et FedEx.

Le moteur est aussi institutionnel. L’ETH et l’EPFL ont lancé la Swiss AI Initiative en 2023, et l’EPFL a publié en septembre 2025 Apertus, le premier grand modèle de langage suisse entièrement ouvert et multilingue, développé avec Swisscom. L’EPFL propose par ailleurs son AI Track, soutenu par UBS, pour les entrepreneurs de son écosystème. Nous y voyons la vraie force du pays, mais aussi sa limite : fabriquer un fondateur brillant est une chose, l’aider à passer à l’échelle mondiale en est une autre. C’est là que la géographie compte.

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Zurich ou Lausanne : où naissent les projets les plus solides ?

Zurich a pour elle la masse. La ville abrite des laboratoires de recherche de Google, Meta et OpenAI, ce qui attire les talents mais complique aussi le recrutement des startups, obligées de se battre contre des salaires de géants. En 2024, elle comptait 194 tours de financement, contre 151 pour la région lausannoise et genevoise. Les ingénieurs y trouvent un terrain de jeu immense, les investisseurs un flux de dossiers constant.

La Suisse romande joue une autre partition. Les sciences de la vie de l’EPFL orientent beaucoup de projets d’IA vers la santé, et Genève a ouvert un pôle d’IA en santé au Campus Biotech. Si vous êtes investisseur, Zurich offre le choix et la liquidité. Si vous cherchez un poste ou un partenaire dans le médical, la rive du Léman mérite votre attention. Reste une question que tout le monde pose : qui paie ?

Qui finance vraiment ces startups ?

Le financement d’amorçage reste modeste en Suisse, généralement sous les 2 millions de francs. Au-delà, le relais est pris par quelques fonds identifiés : Swisscom Ventures, dont les premiers tickets se situent entre 2 et 10 millions de dollars, b2venture et Redalpine. Les business angels, comme le réseau SICTIC, interviennent plutôt tôt, et Innosuisse, l’agence publique d’innovation, soutient les projets en démarrage.

L’écosystème bouge encore, y compris à petite échelle. Cigno, jeune pousse qui construit une infrastructure d’IA pour les cabinets de conseil, vient de boucler un seed de 1,5 million de francs, porté par d’anciens poids lourds de la banque suisse. Comparé aux tours américains qui se chiffrent en centaines de millions de dollars, cela paraît minuscule. Nous y voyons pourtant une contrainte féconde : des fondateurs obligés de vendre tôt, à de vrais clients. Comment, dès lors, distinguer une vraie pépite d’une belle annonce ?

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Comment repérer une vraie pépite et pas un effet d’annonce

Un communiqué de levée n’est pas un chiffre d’affaires. Pour trier, nous vous suggérons cinq points de contrôle, du plus facile à vérifier au plus subtil.

  • Des clients qui paient, et non de simples utilisateurs en test : Yokoy compte plus de 700 entreprises clientes, dont Breitling et On Running.
  • L’origine de la technologie : un laboratoire reconnu, comme l’ETH pour Scandit ou LatticeFlow, rassure sur la profondeur technique.
  • La solidité de l’équipe fondatrice, son parcours et sa capacité à vendre autant qu’à chercher.
  • Les investisseurs présents au capital, car un fonds spécialisé engage sa réputation.
  • La dépendance à un modèle tiers : une startup qui repose entièrement sur l’API d’un géant américain a peu de marge de manœuvre.

Si nous ne devions regarder qu’un seul critère, ce serait le premier. La croissance de 500% par an de DeepJudge parle plus fort que n’importe quelle valorisation, parce qu’elle prouve que des avocats, public exigeant, ont sorti leur carte bancaire. Reste à comprendre ce que la Suisse a de singulier face à la Silicon Valley.

Ce que la Suisse fait mieux que la Silicon Valley

La Suisse investit 1 470 dollars par habitant dans la deep tech, plus que tout autre pays d’Europe. Elle occupe aussi la première place du Global Innovation Index depuis quinze ans, et les géants viennent y chercher des cerveaux : Microsoft a annoncé 400 millions de dollars d’investissement dans le cloud et l’IA en Suisse, et ouvert un laboratoire de recherche à Zurich. Notre thèse tient en trois mots : précision, confiance, industrie. Des startups comme Unique, adoptée par la bourse SIX pour ses 4 000 collaborateurs, vendent exactement cela à des secteurs où l’erreur coûte cher.

Le défaut est connu : un marché intérieur minuscule, qui oblige à viser l’international dès le premier jour, et de nombreux fondateurs ouvrent d’ailleurs un bureau aux États-Unis pour trouver des commerciaux. Mais cette contrainte forge des entreprises qui pensent mondial avant d’avoir un premier client. La Suisse ne gagnera pas la course à l’IA en faisant du bruit, elle la gagnera en ne se trompant presque jamais.